Interviews

27 mai 2026

Interview de Yuzefi, les it bags so cool !

Naza Yousefi fait partie de ces designers qui ont compris que la maroquinerie n’était pas qu’un accessoire. Née en Iran et arrivée à Londres à la fin des années 90, elle passe par les studios de Christopher Kane et Richard Nicoll avant de lancer Yuzefi qui est une marque à son image : sensuelle, un peu irrévérencieuse, jamais tout à fait comme les autres. Ses sacs sculptés, aux cuirs ultra-doux et aux hardware oversized ont rapidement trouvé leur tribu. Le Mochi, son bestseller noué et indémodable, est devenu l’un de ces it-bags qu’on reconnaît sans avoir besoin d’en dire le nom. Silhouettes audacieuses, couleurs inattendues, détails qui surprennent : c’est du luxe accessible, pensé pour durer bien au-delà d’une saison. On l’a rencontrée pour parler de création et d’instinct.

Qu’est-ce qui vient d’Iran et de Londres dans votre processus créatif ?

L’Iran, c’est l’instinct. C’est la poésie, le symbolisme, la sensualité, ainsi qu’un profond respect pour l’artisanat et la narration. Il y a une richesse et une profondeur émotionnelle qui s’intègrent très naturellement dans ma manière de penser le design. Londres, c’est l’endroit où cet instinct s’affine. La ville est rapide, irrévérencieuse, diverse, avec cette capacité très britannique à ne pas se prendre trop au sérieux. Il y a ici un humour sec et ludique qui, je pense, imprègne le travail, même lorsque le design est très réfléchi. L’équilibre entre les deux est essentiel. Si l’on penche trop d’un côté, cela peut devenir soit excessivement sérieux, soit trop désinvolte. C’est dans la tension entre les deux que tout fonctionne.

Que voulait devenir la jeune Naza quand elle était petite ? La mode a-t-elle toujours fait partie du plan ?

Ce n’était pas un projet clairement défini, mais l’instinct a toujours été là. J’ai grandi en regardant ma mère confectionner tous mes vêtements, et j’adorais ce processus. Il y avait quelque chose d’assez magique dans le fait d’imaginer une chose puis de la voir prendre vie. Cela m’a profondément façonnée. Cela m’a donné envie de créer ce que j’avais envie de porter, plutôt que d’aller le chercher ailleurs. Il ne s’agissait pas de la mode comme industrie, mais davantage d’indépendance créative et d’imagination.

Les noms de vos sacs (Mochi, Gyoza, Brioche, Pretzel, Fortune Cookie, Wonton) appartiennent tous à un univers lié à la nourriture, aux textures et au réconfort. Y a-t-il une histoire derrière ?

C’est quelque chose d’assez instinctif. J’ai toujours été attirée par la douceur, la dimension tactile et les objets qui procurent une sensation de réconfort et de familiarité. Je pense souvent au cuir presque comme à une pâte : une matière que l’on peut façonner, tordre et travailler jusqu’à ce qu’elle trouve la bonne forme. J’aime l’idée que les objets du quotidien puissent avoir une âme et une personnalité, pas seulement une fonction. Les noms reflètent cela. Ils apportent une forme de chaleur et un peu d’humour. Cela évite que les choses deviennent trop sérieuses.

Le modèle Mochi est votre best-seller et est devenu un véritable it bag. Saviez-vous, au moment de le dessiner, qu’il toucherait autant les gens ? Qu’est-ce qui le rend spécial à vos yeux, au-delà de son succès ?

Je ne le savais pas. On ne le sait jamais vraiment. Ce que je voulais, en revanche, c’était créer une interprétation très simple mais ingénieuse d’un cabas classique. Les nœuds ont pris énormément de temps : je les ai dessinés de dizaines de façons différentes jusqu’à ce que tout s’aligne enfin. Ce moment a été très satisfaisant, comme lorsqu’on résout une énigme. Je me demande parfois si la personne qui découvre le sac ressent aussi un peu cela, cette impression d’avoir compris quelque chose. C’est ce qui le rend spécial pour moi.

Yuzefi Sac Mochi – Raffia Biscuit

Yuzefi Sac Mochi – Raffia Biscuit

Yuzefi Sac Mochi – Raffia Fudge

Yuzefi Sac Mochi – Raffia Fudge

Yuzefi Sac Mochi – Cuir Grainé Hazel

Yuzefi Sac Mochi – Cuir Grainé Hazel

Quand vous commencez un nouveau modèle, par quoi débutez-vous ? Est-ce une forme, une matière, une pulsion, une image ?

C’est généralement un ressenti d’abord. Ensuite, cela devient une sorte d’énigme. J’adore concevoir des mécanismes et de petites solutions ingénieuses qui donnent à la personne qui porte l’objet un sentiment de découverte. Chaque sac doit avoir une fonction, mais aussi une personnalité. J’apprécie le luxe discret, mais je pense qu’aujourd’hui les gens recherchent davantage que cela. Quelque chose qui semble unique et un peu personnel, sans être tape-à-l’œil pour autant.

Yuzefi s’est construit autour de l’idée d’une communauté diverse, inclusive et multi-générationnelle. À qui pensez-vous lorsque vous créez ?

Je ne crée pas pour un seul type de personne. Un bon modèle de sac doit pouvoir parler à beaucoup de gens. La polyvalence et la nouveauté sont toujours en tension, et trouver cet équilibre est en réalité très difficile. On veut créer quelque chose qui paraisse nouveau, tout en restant un objet avec lequel les gens peuvent vivre dans le temps. C’est le défi que j’essaie constamment de résoudre.

Quelle est la dernière chose qui vous a réellement touchée d'un point de vue créatif ?

Dernièrement, c’est le fait de revisiter nos propres créations. Regarder des pièces qui fonctionnent encore très bien et essayer de les imaginer dans quelques années, voire quelques décennies. C’est un exercice assez vertigineux, mais il donne du recul. On commence à comprendre ce qui pourrait réellement durer.

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Suédé Cognac

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Suédé Cognac

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Grainé Noir

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Grainé Noir

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Grainé Angora

Yuzefi Sac Mochi Large – Cuir Grainé Angora

Si vous pouviez passer une journée dans n’importe quelle ville du monde, autre que Londres, simplement pour vous inspirer, où iriez-vous et que feriez-vous ?

Cela peut sembler un peu cliché, mais je ne suis jamais allée à Tokyo et j’aimerais énormément découvrir la ville. Je passerais la journée à explorer, surtout les boutiques vintage, à observer les détails, les matières et la manière dont les gens assemblent les choses. Ce type d’observation silencieuse est généralement là où les idées commencent à naître.

Quel est l’objet (autre qu’un sac) dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Mon iPad. Je réalise tous mes dessins dessus. C’est là que tout commence, donc il est assez indispensable.

Qu’aimeriez-vous que Yuzefi devienne dans dix ans qu’elle n’est pas encore aujourd’hui ?

J’aimerais que la marque ait davantage de points de contact physiques avec les gens. Des espaces où les clients puissent réellement faire l’expérience de la marque de manière personnelle et émotionnelle, et pas seulement voir le produit. Je veux que les gens se sentent immergés dans cet univers, qu’ils puissent se connecter à la créativité et au savoir-faire d’une manière sincère et durable.

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